À la une : parcours de remobilisation des jeunes

Leur redonner confiance par la reconstruction

Le parcours de remobilisation des jeunes au Rocher : comment redonner confiance à cette jeunesse qui est convaincue qu’elle va échouer ?

Interview de Blandine, chargée de lutte contre le décrochage scolaire au Rocher.

Blandine, et les grands jeunes accompagnés durant l'année pour le projet de remobilisation

Qui sont ces jeunes accompagnés par Le Rocher ?

Nous accompagnons des jeunes du CP à la terminale, des enfants qui habitent les quartiers où l’on est implanté et qui, avec ou sans leurs parents, demandent de l’aide pour les soutenir dans leur scolarité.
Ainsi nous pouvons faire de la prévention à travers l’accompagnement à la scolarité et le suivi de ces jeunes.

L’autre accompagnement est destiné à des jeunes qui sont déjà en décrochage scolaire, âgés de 14 à 20 ans, ceux qui ont quitté l’école de manière précoce sans avoir de diplôme et qui ne travaillent pas, qu’on va appeler les « grands jeunes ».

Quels sont les principaux problèmes auxquels sont confrontés ces jeunes ? ​

On confond souvent décrochage scolaire et délinquance. À l’évocation d’un jeune décrocheur, beaucoup imaginent un jeune cagoulé incendiant une voiture. En réalité, c’est simplement un jeune ayant quitté l’école prématurément, sans diplôme. Derrière ce terme, il y a de multiples situations : des jeunes en état de handicap, d’autres ayant subi une scolarité insuffisante, ou encore des adolescents très timides ou accros aux écrans, repliés chez eux. Un décrocheur n’est pas un voyou, mais un jeune en souffrance, isolé, éloigné du lieu principal de socialisation : décrocher de l’école, c’est d’abord une souffrance, mais pas une fatalité !​

“Ils deviennent des acteurs de transformation, source d’espoir pour beaucoup d’autres.”

Blandine, Chargée de lutte contre le décrochage scolaire au Rocher

Pourquoi ces jeunes « décrochent »-ils selon toi?​

En fait, ce que je vois — et ce que confirment de nombreuses études — c’est que le décrochage scolaire n’est jamais dû à un seul élément, c’est multifactoriel, surtout lorsqu’un jeune est déjà fragilisé par un contexte familial difficile. Les études montrent que plusieurs causes viennent se cumuler : un retard scolaire précoce — souvent lié à un environnement familial peu francophone, ou peu familier avec le système éducatif français —, une insécurité quotidienne faite d’expositions à la violence du quartier ou familiale, accompagnée d’une précarité économique.

Face à ce constat, quel est l’intérêt des séjours de rupture mis en place au Rocher pour ces jeunes ? ​

Une fois que ces jeunes sont dans un cadre où ils n’ont pas besoin de se battre pour vivre, il y a une forme de douceur, notamment chez les garçons, à laquelle on ne s’attend pas forcément, une attention à l’autre qu’on voit quand on part en séjour.​

Il faut se dire qu’ils ont l’habitude de faire ce qu’ils veulent, et là, on se retrouve sur un équipage avec un cadre et des règles et ils l’acceptent. Ils choisissent de prendre sur eux pour vivre quelque chose de fort ensemble. C’est dans ce contexte, que l’on peut faire voir le jeune expérimenter une autre forme de liberté et retrouver l’envie d’y croire à nouveau, de construire quelque chose.​

Pourquoi partir avec seulement 5 jeunes, cela peut paraitre peu ? ​

Personne ne réalise le temps et l’investissement que nécessite la sortie d’un cycle d’échecs, pour reconstruire une confiance en eux, en la société, en l’avenir. Ces jeunes ont souvent eu des trajectoires dramatiques qui se jouent depuis leur petite enfance, des difficultés qui n’ont fait qu’augmenter depuis 10 ans. Il ne suffit pas de trouver le bon travail il y a des choses profondes à réparer, des choses à reconstruire, et ça demande beaucoup de temps.​

L’objectif, est très vite de les aider à enclencher une dynamique constructive, à travers une formation. Ces jeunes une fois mobilisés dans leur vie, deviennent des exemples pour d’autres jeunes dans le quartier, pour leur famille : ils deviennent des acteurs de transformation, source d’espoir pour beaucoup d’autres. ​

C’est pour cette raison que cette année, nous continuons cette expérimentation des séjours de rupture par la voile, en l’étendant à un groupe de filles, également désireuses de se projeter dans l’avenir de manière positive. ​

“Ils deviennent des acteurs de transformation, source d’espoir pour beaucoup d’autres.”

Blandine, Chargée de lutte contre le décrochage scolaire au Rocher

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